Galerie Templon - Abdoulaye Konaté 

Publié le par Nadine Averink

Les élèves de l’enseignement optionnel des classes de 1e et de terminale ont pu découvrir au mois de décembre, à la galerie Templon à Paris, l’exposition intitulée : Abdoulaye Konaté : Le tissu du réel. L’artiste malien y dévoile 10 œuvres textiles monumentales.

Ses grandes tentures sont conçues à partir de tissus camerounais et de chutes de bazin, leurs compositions s’organisent à l’aide de languettes, teintes, découpées puis cousues. Le bazin est une étoffe à base de coton teinté artisanalement pour devenir un tissu damassé caractérisé par sa raideur et son éclatante brillance.

Esprit de moine, 2023, Textile, 239 x 412 cm

Abdoulaye Konaté travaille à même le sol, assisté de ses apprentis, il assemble languette par languette. La superposition de celles-ci crée des surfaces colorées vibrantes et chatoyantes. Il dessine en premier des esquisses au feutres ensuite numérisées puis transposées à grande échelle, pour l’assemblage final les languettes sont entièrement cousues à la main pour former de vastes registres de nuances ornées de formes géométriques ou de figures.

Les œuvres de Konaté puisent à des traditions multiples : l’artisanat malien ou l’art tibétain, les céramiques tunisiennes ou encore les textiles berbères. Cet artiste explore les grands enjeux de notre époque, touchant à la fois à des sujets comme le fanatisme religieux et la justice sociale, ses tableaux textiles affrontent les guerres, la maladie, toutes les grandes tragédies mais aussi les fractures nées par la mondialisation. Il refuse pourtant le titre d’artiste politique : il se dit humaniste. Mais ses œuvres parlent de notre monde avec une grande force, donnant à voir que la couleur peut être un langage, le tissu un manifeste. A travers l’espace de la galerie se déploie cet « alphabet du réel » . Les toiles brodées à la main se déploient sur les cimaises dans de somptueux dégradés, du rouge feu au bleu nuit, en passant par le vert émeraude ou encore le jaune or. « La nature constitue pour moi une source inépuisable d’inspiration chromatique » explique l’artiste, « un papillon, un oiseau, un caméléon, ou encore un ciel étoilé m’inspirent chaque jour de nouveaux pigments. »

La peine de mort, 2022, Textile, 234 x 208 cm

Alliant ainsi l’esthétique du local à des sujets mondiaux, Abdoulaye Konaté fusionne commentaire politique et artisanat traditionnel pour créer des installations textiles à grande échelle qui attirent irrémédiablement le regard. Parce que son travail rentre en résonnance avec le monde d’aujourd’hui, il fascine les jeunes générations qui s’interrogent sur sa valeur symbolique, politique et poétique. Les textiles abstraits et figuratifs de Konaté explorent à la fois le langage esthétique et diverses questions sociopolitiques et environnementales. En faisant référence à la tradition ouest-africaine d’utiliser les textiles comme moyen de communication, l’artiste équilibre les enjeux mondiaux avec une référence intime à sa propre vie et à son pays. Son travail interroge les façons dont les sociétés et les individus ont été affectés par des facteurs tels que la guerre, la lutte pour le pouvoir, la religion, la mondialisation, les changements écologiques et l’épidémie de sida. Ses œuvres fascinent donc car elles parlent de l’homme et de son rapport au monde à travers la couleur et son pouvoir symbolique. La plus gigantesque des créations d’Abdoulaye Konaté reste la pièce de 6000 m2 déployée lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations, au stade Modibo Keita, en 2002 en hommage aux victimes mortes du sida.

« Je vois mon travail comme de la peinture. Le matériel change, mais je considère cela comme de la peinture. Pour moi le textile peut être un moyen d’expression artistique. » – Abdoulaye Konaté

Photos Nadine Averink

Publié dans Sorties

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