Terminales - Option arts : Maya

Publié le par Nadine Averink

Problématique :

La défiguration est-elle le résultat d’une recherche de soi, d’une quête d’identité ou au contraire est-elle vectrice d’une relative perte de son identité ?

 Pour la construction de ce dossier, je me suis intéressé à la figure humaine et plus précisément à la façon dont laquelle elle pouvait être dénaturée, endommagée, défaite. Ma problématique pour cette notion met en relation la question de l’identité, qui est recherchée et remise en question par le biais de la défiguration : la défiguration est-elle le résultat d’une recherche de soi, d’une quête d’identité ou au contraire est-elle vectrice d’une relative perte de toute notion d’identité ? Mes techniques de prédilection restent la peinture et le dessin ce pourquoi j’ai fait le choix d’utiliser majoritairement ces techniques. J’ai tenté au mieux de varier les supports pour plus d’originalité. Je me suis beaucoup inspirée de plusieurs artistes, à l’instar d’Egon Schiele, qui représente des corps déformés, de Frida Kahlo, qui se représente souvent dans ses tableaux, en métaphore de sa quête d’identité ou encore Ricardo Cavolo, qui par son style très personnel, redessine le monde et les visages humains comme il les perçoit. Mais aussi de Jean-Michel Basquiat, Otto Dix, Francis Bacon, Gaston Chassac et Pablo Picasso.  Ce dossier prend également appui sur des questions politiques actuelles et des éléments historiques qui sont plutôt parlants mais la question plastique reste la plus importante.

Défigurer : Enlaidir le visage de quelqu'un au point de le rendre méconnaissable. Donner une idée fausse de quelque chose ; déformer, dénaturer, caricaturer. Transformer un lieu au point de le rendre méconnaissable, en particulier, en l'enlaidissant ; abîmer.

Défiguration : Action de défigurer, résultat de cette action. Etat d'une personne qui est défigurée.

Contraires : embellir, reproduire, respecter, arranger, façonner, former, redresser, restituer.

Synonymes : altérer, caricaturer, déformer, dénaturer, falsifier, travestir, abîmer, enlaidir; estropier, massacrer.

1ER travail : LIMITES (PAS D’IMAGE)

Ce travail mélange plusieurs techniques : aquarelle pour le corps et le visage, et peinture pour le fonds, on parlera donc d’une technique mixte. MAJORITAIREMENT la technique est picturale si l’on considère l’aquarelle comme une technique de peinture à l’eau donc deux types de peintures ou matériaux mais une même technique. Le support utilisé est un papier à grain découpé pour former un carré. C’est une représentation figurative, bien que le corps ne fasse pas écho à des formes communes aux représentations du corps habituelles. Je définirais ainsi le style de ce projet comme non réaliste. Le cadrage est très central bien que le corps représenté soit asymétrique. On peut distinguer deux plans, le corps au premier plan et le fonds composé de cadres « concentriques » formant un dégradé de couleurs. Cependant la perception peut être modifiée par le mélange du fonds et du corps Rapport FOND/FIGURE : des éléments du corps se fondent sous certains cadres. L’objectif de cette modification de la logique des plans est la déstabilisation du spectateur, pour lui faire réaliser encore plus l’écart de cette représentation avec le réel. Les couleurs choisies pour le fond sont assez aléatoires et forment un dégradé de couleurs, de la plus claire à la plus foncée. Le corps est volontairement violet, couleur à ma connaissance non commune pour un corps humain sauf en cas d’hématome Les cheveux sont turquoise, couleur témoin de la transformation volontaire du naturel. La couleur est donc arbitraire, je ne respecte pas le ton local en cela je peux lier ce travail au Fauvisme courant pictural apparu en 1905. Le visage est asymétrique, à l’image du corps, qui n’est même pas « complet » car amputé. La figure ne possède qu’un seul sein, une seule oreille, pas de sourcil, un bras sans mains, un trou dans la tête et un œil en travers du front. La représentation des éléments du visage n’est donc pas voulue réaliste, pour ne pas choquer par un rendu trop gore. Ce projet a pour objectif de montrer les limites que peut atteindre un corps humain. Cela peut soulever, un questionnement sur les tatouages, les piercings, et les colorations des cheveux. En effet, tous ces procédés, dans une moindre mesure, interviennent dans le but de modifier le visage et ses caractéristiques, de différencier du commun, de défaire du naturel. Ces procédés cependant, peuvent être marqueurs de l’unicité de chacun, de son histoire de ses envies. C’est ainsi par ce biais un écho à la question de la défiguration, de l’endommagement du naturel pour répondre à cette volonté de trouver son identité.

2ÈME travail : NOUS NE SOMMES SEULEMENT DÉFINIS QUE PAR CE QUE NOUS SOMMES AUJOURD’HUI ET NON PAS PAR CE QUE NOUS AVONS TRAVERSÉ

Le support utilisé pour ce travail est une feuille Canson (papier à grain) format Raisin de couleur rouge foncé. Ce choix était motivé par la volonté d’utiliser l’encre de Chine et de l’allier à une couleur différente du blanc. La technique est donc le dessin à l’encre (le matériau = encre de Chine), l’encre de Chine, est appliquée à la plume et à l’aide du pinceau pour les plus grandes surfaces. Je voulais pour ce travail réaliser une série en découpant les différentes figures pour réaliser 6 petites cartes distinctes mais j’ai fait le choix de garder ce format Raisin finalement. Ce travail représente 6 portraits imaginaires (car pas de modèle).  Ces personnages disent tous quelques mots. Ces quelques mots forment une phrase : « Peu importe? Je ne suis pas ce qui m’est arrivé, je suis ce que je suis devenu. Vous savez, on se sentira bien seulement quand on sera considérés pour ce que nous sommes au fond». Ce travail est donc par l’énonciation de cette phrase et par la représentation volontaire de personnes dont l’identité sexuelle est ambiguë, en un sens, un hommage aux personnes transsexuelles. Dans une autre mesure, ce travail peut rendre hommage aux personnes qui font de la chirurgie pour obtenir une nouvelle image ou identité qui leur convient davantage, et que l’on doit respecter sans prendre en compte les éléments du passé. Ce PASSAGE dit tenir en une PHRASE.

3ÈME travail : GUEULE CASSÉE

Ce travail a été motivé par le tableau d’Otto Dix, « Les joueurs de Skat ».

C’est un portrait réalisé à la peinture. La blessure visible comme le titre renvoie à la mort, la guerre, la souffrance. Les couleurs sont nettes, vives et tranches par rapport au fond blanc. Le support est une feuille cartonnée blanche format Raisin. La couleur noire pour le contour du corps et rouge pour le reste. La représentation figurative et assez réaliste est celle d’un homme dont l’identité est inconnue, seulement renseignée par la présence d’un numéro sur sa veste. On a complètement perdu cette notion d’identité car il est seulement désigné par un matricule qui peut éventuellement renseigner du lieu où il se trouve. Cet homme inconnu est en fait un soldat dont le visage plutôt harmonieux a été défiguré, endommagé par une balle. Le décor que j’ai imaginé autour de lui a pour objectif de le mettre en valeur. En effet, la couleur rouge vive en halo autour du visage de la gueule cassée, qui représente en réalité une tache de sang, fait ressortir ses traits. Au-delà de la tache de sang, on distingue des éclaboussures de couleur rouge foncé, obtenues grâce au frottement d’une brosse à dent contre les doigts au-dessus de la peinture. Ces éclaboussures évoquent le sang également. Ici ce sujet offre une nouvelle réponse à la problématique, car la défiguration ici est davantage synonyme d’une perte d’identité.

4ÈME travail : PATCHWORK

Ce travail diffère des autres de par son support, ce sont les deux toiles elles ne sont pas reliées physiquement donc c’est un pendant réalisé sur des toiles de différents formats. La technique est mixte, il s’agit de collages mais également de peinture. J’ai d’abord peint la surface des toiles en gris. Après séchage j’ai mélangé des couleurs pour obtenir une couleur chair et recouvrir seulement certaines parties de la toile avec. Ensuite, j’ai découpé dans un magazine des yeux, des nez et des bouches que j’ai associés aléatoirement puis collés sur les toiles. Pour finir, j’ai dessiné des sortes de visages à la peinture rose, autour de chaque ensemble d’éléments. On peut parler de défiguration dans la mesure où ces visages ne sont pas vraiment réalistes, tout en possédant des caractéristiques réelles. Ce travail peut également faire écho à une question actuelle, celle de la question de l’eugénisme, voire d’individus choisis pour leurs gènes ou leurs caractéristiques. Dans une moindre mesure, mon petit travail de choix d’assemblage des yeux, du nez et de la bouche est métaphore de ces sujets actuels. Je me suis également inspirée de l’art naïf pour cette réalisation.

5ÈME travail : SANS TITRE

 

Ce travail diffère également de mes habitudes artistiques : c’est une série photographique de 25 éléments. Les photos sont reliées entre elles par le verso par de l’adhésif. Le support est du papier photo et les photos sont polychromes. Elles mettent toutes en scène un personnage (ma sœur, Jade). L’idée est venue lors d’un repas, où j’ai constaté que le visage pouvait être déformé à l’aide d’un verre. J’ai donc testé les effets de plusieurs verres plus ou moins remplis d’eau, sur le visage. La suite s’est révélée assez simple, il m’a uniquement suffit de varier les angles de prises pour les photos et de les faire développer, puis de les assembler dans le but de créer une œuvre volontairement très longue. La notion de la défiguration est assez facile à relier avec ce travail puisque le visage est déformé, modifiant l’identité réelle du modèle et son identification. KERTESZ a aussi particulièrement travaillé sur les jeux de reflets et de déformations provoquées par l'eau ou les miroirs. Ainsi, dès 1917, il prend en photographie son frère nageant dans une piscine et dont le corps est déformé par l'eau. Il réalise un autre cliché où le visage de son frère se reflète dans l'eau dont le mouvement ne rend toutefois pas un reflet fidèle. KERTESZ jouera de cette première déformation en inversant reflet et personnage réel dans un autre cliché. Plus tard, à la demande du journal de charme "Le Sourire", il réalisera une série de clichés de nus féminins déformés par le jeu de miroirs. C'est l'occasion de modifier l'appréhension traditionnelle du corps humain  et de pousser la photographie au-delà d'une simple représentation.  On pourrait être tenté de rapprocher cette série du mouvement surréaliste qui affectionne les déformations. KERTESZ aimait à dire « J’interprète ce que je ressens à un moment donné. Pas ce que je vois, mais ce que je ressens. ». Phrase qui pourrait être le mot de conclusion de mon travail

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